Clowns pour dépasser le handicap

DUO
DUO De manière générale, les ateliers se déroulent par groupe de deux. (CHRISTIAN GALLEY)
Le projet Clowns ensemble ambitionne de mettre sur pied une troupe de clowns composée de personnes valides et de personnes en situation de handicap. Une démarche qui vise à ouvrir le monde du handicap mental sur l’extérieur, sur le «monde valide».

«Bonjour les clowns!» Lyne-Claude, 43 ans, glisse le fil blanc derrière ses oreilles, ajuste son nez rouge et se lance dans un demi-tour: «Bonjour les clowns!» Debout, disposés en cercle dans la petite salle des Ateliers sylvagnins, huit clowns, avec pour seul accessoire un nez rouge, se saluent, s’enlacent, s’embrassent. C’est la seconde fois que cette petite troupe se retrouve à Savagnier, dans le Val-de-Ruz. Initiés par Eddy Blandenier, formateur en travail social, et Véronique Mooser, coordinatrice du projet, les ateliers Clowns ensemble réunissent depuis septembre personnes handicapées et valides autour du clown qui sommeille en chacun de nous.

«La première fois, j’avais quelques appréhensions», reconnaît la Chaux-de-Fonnière Mirjam, 46 ans. «Je ne savais pas comment le premier atelier avec les personnes handicapées allait se passer. Mais, finalement, cela a été tout de suite très naturel.» La rencontre n’a pas pour autant été improvisée. Dans le cadre d’une première phase, les personnes valides ont travaillé avec les initiateurs du projet (lire ci-contre). Pour un résultat assez bluffant. Oubliés, les a priori des animateurs, disparue la timidité des participants. En deux séances, les inconnus d’hier se parlent déjà comme des amis de longue date.

«Cela devrait être tous les jours comme ça», glisse Sandra, 49 ans, de Marin-Epagnier. «On est tous différents. C’est normal. Mais ensemble, on est bien.» Sur le parquet de bois clair, les huit animateurs* et participants* se sont lancés dans un ballet. Un échauffement tantôt rapide, tantôt lent et presque aérien. «Vous entendez? Ecoutez comme ça grince», chuchote Eddy Blandenier. Vêtu d’un veston rouge vif et affublé d’un chapeau jaune à brillants, il dirige pour ce soir la manœuvre. «C’est un passage extrêmement important», détaille le formateur. «Un travail de recentrage sur soi, d’appropriation des lieux. Cela a un effet apaisant et permet de reconstituer le groupe, la confiance en soi, en l’autre.»

«On se retourne et on enfile les nez sans se regarder», reprend Eddy Blandenier. «Comment ça va les clowns?» Avec ce petit rituel, le formateur joue sur la notion de clown collectif. «Cela permet que l’on fasse quelque chose tous ensemble. Que l’on n’ait pas l’impression d’être mis en scène et regardé par les autres. Cela permet d’évacuer les stéréotypes du clown qui fait des grimaces.»

Avec Véronique Mooser, Eddy Blandenier installe ce qui ressemble à une scène. On tire deux premiers paravents de bois aggloméré. Un troisième délimite l’arrière de la scène. «Vous allez passer par deux», explique Eddy Blandenier qui dispose deux minuscules tabourets sur la scène. «Vous allez vous choisir un chapeau et l’un des deux clowns va prendre un objet qu’il viendra présenter à l’autre.» Premiers volontaires, Grégoire, 34 ans, de Chézard-Saint-Martin et Elisabete, 39 ans, s’engagent derrière le décor. Elisabete en revient avec une casquette bouffante multicolore. Elle s’assied et attend. Grégoire réapparait enfin avec un minuscule chapeau noir et une cordelette orange fluo. «Des lunettes?» «Un papillon?» Va pour des lunettes-papillon.

Les duos s’enchaînent. Grimaces, rires, devinettes et applaudissements se suivent. Pierre, 58 ans, qui s’était fait discret jusque-là, se lance. Une saynette sensible et touchante avec Véronique Mooser. «C’est magnifique!», félicite Sandra. «C’est vraiment ce dont j’avais besoin», confie, de son côté, Colette, 56 ans. «On ressort tout ce que l’on a de l’enfance. Il n’y a pas de jugement. Toute la joie est spontanée.»

Une joie contagieuse qui se prolonge jusqu’au repas pris en commun. On y livre son sentiment sur la soirée et échange encore un moment. Les nez de clown ont disparu, la spontanéité du personnage pas encore tout à fait. /YHU

*Clowns participants (personnes en situation de handicap): Pierre, Antoine, Elisabete, Lyne-Claude, Sandra. Clowns animateurs: Grégoire, Mirjam, Colette, Marie-Hélène

YANN HULMANN

Article paru sur:

http://www.arcinfo.ch/journal/region/canton/article/232829/clowns_pour_depasser_le_handicap.html

Formation en amont

Sept journées complètes, réparties de septembre 2008 à juin de cette année, auront été nécessaires à la formation des animateurs de Clowns ensemble. «Certaines personnes se demandaient au départ ce qu’elles faisaient là. Elles n’étaient plus forcément sûres d’elles. C’est normal», souligne Eddy Blandenier. «Nous avons travaillé de la même manière que nous le faisons lors des ateliers avec les personnes handicapées. C’est pour ça que les animateurs sont assez à l’aise avec les participants. Ils sont directement dans l’action. Le travail est souvent plus facile avec les personnes handicapées qu’avec les personnes valides. Mon expérience de formateur m’a montré qu’une personne valide a souvent plus de peine qu’une personne en situation de handicap mental à garder le silence lors des exercices de communication non verbale.» /yhu

Les personnes intéressées par la démarche de Clowns ensemble peuvent prendre contact avec l’association Arc en jeu: veronique.mooser@ne.ch – arc.en.jeu@bluewin.ch, Eddy Blandenier, rue du Four 5, Savagnier, 032 853 43 66 – 032 724 06 41

Une première rencontre à l’origine d’un projet ouvert sur le monde du handicap

La première rencontre d’Eddy Blandenier avec une troupe de clowns composée de personnes handicapées a eu lieu dans le Midi de la France. «Je me suis rendu compte de la proximité qui existe entre les personnes en situation de handicap mental et le clown. Pas dans le sens du spectacle ou celui de la comédie. Mais dans ce qu’elles ont de tellement spontané.»

Reconnaissance internationale pour les clowns neuchâtelois

Le projet Clowns ensemble s’est vu décerner le Prix spécial du jury lors du troisième Forum européen du bénévolat le 5 décembre dernier à Strasbourg dans l’enceinte du Parlement européen.